vendredi 26 novembre 2021

Billet 4

Suite à mon billet précédent, nous continuons les rencontres hebdomadaires auprès de la résidente, soit en co-intervention ou moi seule en effectuant un retour avec ma superviseure. Durant les dernières semaines, la résidente respecte moins ses engagements; elle ne va presque plus à l’école, elle camoufle des informations, elle peut changer sa version des faits selon l’intervenant, elle consomme de plus en plus, elle se montre irritable, elle a des idées de persécution, elle ne se rend pas à ses rendez-vous avec la sexologue pour lesquels nous avons fait plusieurs démarches. J’ai l’impression que cela a fait réagir les intervenants en général et qu’il y a eu un manque de cohésion dans l’orientation des interventions. 

 

En lisant le texte « Les jeux joués en supervision » (Gusew, 2004) proposé par ma superviseure, j’ai pu faire des liens concernant la relation d’intervention entre la résidente, moi et les quatre façons d’instaurer les jeux soulevés dans le texte. En effet, j’ai le sentiment qu’au départ, elle a manipulé le niveau de la demande; elle a utilisé la flatterie, les compliments et se montre emballée par les propositions que nous lui offrons. Ensuite, elle a tenté de redéfinir la relation en utilisant régulièrement une position dans laquelle elle se met dans le rôle de la personne qui subit pour excuser le fait qu’elle ne fait pas ses démarches ou qu’elle a des conflits avec les autres. Aussi, par exemple, elle peut nous dire que sa colocataire de chambre fait énormément de bruits et la dérange, mais nous demandera d’aller intervenir au lieu de lui mentionner. De ce fait, elle évitera la confrontation avec l’autre et pourra mettre la responsabilité sur nous si l’intervention ne fonctionne pas. Ce qui amène à la troisième étape, tenter de responsabiliser l’intervenant pour ses erreurs selon les directives qui ont été mentionnées. Par exemple, elle nous accuse de ne pas avoir de temps pour elle, mais lorsque nous avons une rencontre de prévu, elle ne se présente pas ou dort. Elle nous dit que nous aurions dû la réveiller, mais nous lui tentons de la responsabiliser en lui reflétant que c’est à elle de mettre son cadran.

 

Entre la cacophonie entre les informations que nous recevons, les comportements de la jeune et le manque de cohérence entre les interventions à son égard, j’ai dû prendre un pas de recul avec ma superviseure pour décortiquer tout cela et comprendre l’émotivité dans la situation. Nous avons énuméré ce qui est susceptible de faire réagir et sur quelles sphères nous devrions se concentrer. En effet, nous avons décidé de laisser les démarches plus personnelles de côté (mensonges concernant la relation avec son copain, avec son père) et que nous allions nous concentrer sur ce qui à trait à la Maison Tangente, soit ses objectifs comme aller à l’école, se réveiller seule le matin sans rappel et respecter les règles en lien avec la consommation (code de vie). Pour ses rendez-vous avec la sexologue, il s’agit également d’une démarche personnelle et il est normal qu’elle hésite à y aller parfois. Nous avons donc discuté de ces sujets, elle s’est montrée quelque peu réfractaire, mais la fin de la rencontre s’est bien terminée, puisqu’elle a décidé de trouver des moyens et de les utiliser en comprenant les conséquences néfastes que certains de ses comportements pourraient avoir.

 

Comme réaction, j’ai identifié que la relation de confiance était difficile à établir, puisque je sens que durant les rencontres, elle démontre une attitude pour me plaire et utilise parfois des mensonges pour ne pas me décevoir. Toutefois, comme hypothèse, nous pouvons soulever que dans son histoire de vie, elle a développé plusieurs réflexes et mécanismes de défense pour amorcer une relation. Tel que soulevé dans le code de déontologie des travailleurs sociaux (2020), au niveau des valeurs et principes, section 2, la reconnaissance de la nécessité de percevoir et de comprendre la personne en tant qu’élément de systèmes interdépendants et porteurs de changements, j’interprète qu’il s’avère important d’évaluer la situation dans sa complexité, accepter la personne telle qu’elle se présente et respecter son rythme. De plus, afin de rendre des services professionnels tel que la section 8, article 76 l’indique, le membre doit s’assurer du développement de ses compétences. En discutant avec ma superviseure, je peux prendre un pas de recul afin de poser un regard critique sur mes interventions. Aussi, lire les textes proposés par mon milieu et ma formation en travail social favorise les mesures d’éducation et d’informations pour m’améliorer en tant que future professionnelle. Par exemple, le livre « Technique d’entrevue et d’entretien » (Pauzé, 1984) m’a expliqué les bienfaits de créer un climat favorable, a approfondi sur les façons d’écouter et m’a permis de remémorer les mécanismes de défense. Nous y retrouvons également des techniques de motivation, de communication ainsi qu’une astuce qui mentionne que la tolérance et la neutralité sont les deux qualités premières d’un bon interview, nous ne devons donc pas laisser nos émotions nous envahir.

 

 

 

 

 

 

 

Bibliographie


-       Pauzé, É. (1984). Techniques d’entretien et d’entrevue.Modulo éditeur, Québec.

-       Gusew, A. (2004). Les jeux joués en supervision.TRS8440; Supervision auprès de stagiaires et d’intervenants sociaux, département de travail social.

- Code de déontologie des travailleurs sociaux. Québec : Éditeur officiel du Québec. (2020)En   ligne :http://www2.publicationsduquebec.gouv.qc.ca/dynamicSearch/telecharge.php?type=1&file=71966.pdf

samedi 6 novembre 2021

Billet 3

À Tangente, l’intervenant.e de suivi doit faire au moins une rencontre par semaine auprès du/de la résident.e dans l’optique de faire le point sur les démarches et les objectifs du plan de séjour. De plus, il s’agit habituellement d’un bon moment pour discuter de divers sujets amenés par la personne, comme son intégration, ses ressentis, sa relation avec autrui. Ces rencontres durent habituellement un maximum de 45 minutes. Après deux rencontres en co-intervention avec ma superviseure, j’en ai animé une complète, supervisée par un intervenant, afin de pouvoir ensuite en discuter et recevoir de la rétroaction. Ce sera également le sujet de ma prochaine supervision de la semaine prochaine avec ma superviseure.

            D’emblée, la jeune* m’a dit qu’elle ne souhaitait pas entrer dans des sujets émotifs aujourd’hui. Je souligne que c’est bien qu’elle le mentionne et que nous pouvons seulement mettre à jour ses objectifs du plan de séjour, puisqu’elle en a atteint certains. En discutant, elle s’ouvre toutefois sur le qu’il est difficile pour elle de créer des liens au sein du groupe, puisqu’elle sait que les gens sont seulement de passage dans sa vie. Elle ressent toutefois une pression de s’intégrer et de valoriser les autres pour se sentir appréciée. Nous abordons donc le sujet des perceptions (celles des autres, celle d’elle-même, de comment elle voit son rôle dans un groupe). Elle renchérit en disant comprendre qu’elle est à Tangente pour penser à elle et faire des démarches. Comme point positif, elle ressort qu’elle apprend à être bien seule et qu’elle apprécie de plus en plus les petits plaisirs du quotidien. Nous tentons de trouver des moyens lorsqu’elle se sent submergée par des pensées envahissantes; elle en ressort que le vélo, les arts, écouter de la musique et aller au parc lui font du bien. Elle nomme également qu’elle aimerait parfois demander conseils à ses pairs, mais qu’elle a peur que leur réponse soit négative. Nous soulignons donc comme moyens qu’elle pourrait, lorsqu’elle le souhaite, nommer le sujet de discussion qu’elle souhaite avoir avec l’autre personne ainsi que nommer son attente (ex : je souhaite seulement avoir un moment d’écoute ou je voudrais avoir ton opinion à ce sujet…). Finalement, nous avons moduler certains objectifs et moyens dans son plan de séjour. Comme hypothèse, suite à cette rencontre ainsi qu’aux précédentes, nous pourrions soulevés que la résidente doit développer sa confiance en soi en vue de prendre sa place et mettre ses limites auprès des autres. Nous pouvons déceler une forte volonté de plaire, possiblement dû au fait qu’elle a été invalidée de manière récurrente sur ses pensées et ses émotions au cours de sa vie. 

Comme rétroaction sur mes rencontres, j’ai reçu des commentaires positifs, comme le fait que je suis en mesure de vulgariser certains termes plus difficiles à comprendre, de me mettre dans une posture d’ouverture, que j’utilise des techniques d’intervention comme la reformulation, le reflet. Ce qui serait à travailler est de laisser plus de place aux silences. Personnellement, je trouve en effet que j’essaie de combler les silences en renchérissant, mais qu’en laissant cette place, je pourrais avoir accès à d’autres informations, car cela laisserait plus de temps à l’autre pour réfléchir et approfondir sa réflexion. Je pense également que je pourrais laisser à la résidente le soin d’être en recherche de solutions elle-même au lieu de tenter d’apporter des conseils, même si elle me le demande. Tel que soulevé dans le texte de Hovington (2021), comme le cycle de l’apprentissage de Kolb (Kolb, 1984) le démontre, la rétroaction ainsi que les supervisions me permettent d’évoluer grandement dans mon apprentissage expérientiel et me pousse à utiliser une posture de réflexivité face à moi-même et mes interventions. Je pense que, tel que le texte de Racine, Cameron&Leblanc (2003) l’évoque, bien que ces moments où je suis observée peuvent être un peu gênant au départ, la rétroaction me permet d’avoir différents points de vue et il s’agit de moments privilégiés dans l’analyse et la réflexion de mon développement personnel et professionnel.

*Jeune ou résident sont les termes employés par le milieu

Bibliographie :

-       Racine, G, Cameron, S., Leblanc, H. (2003). Perceptions de stagiaires en service social sur leurs expériences de stage, Intervention, 119, pp. 71-85. 

-       Hovington, S. (2021). Apprentissage expérientiel et analyse réflexive, Le stage dans les métiers relationnels, p.116-126.

Plan de récit de formation

Introduction :   Je ferai des liens entre ma vie personnelle, mon parcours, mes expériences. Je développerai également sur un pont entre la ...