La direction donnée au P.I : entre l’usager.e et le/la T.S
Contexte
Dans mon milieu de stage, la personne y reste pendant environ 3 mois, donc le P.I se fait sous forme de plan de séjour et d’objectifs à court terme. La visée touche généralement les démarches lors de l’arrivée de la personne, car souvent elle est en situation d’itinérance, elle n’a pas de revenu, elle a perdu ses cartes. Aussi, selon leur orientation de séjour, le jeune pourrait dire par exemple qu’il veut se trouver un emploi ou effectuer un retour à l’école, donc nous devons l’accompagner pour faire les démarches à ce sujet.
Portrait de la résidente
Il s’agit d’une jeune qui mentionnait vivre de la violence conjugale et avoir besoin d’un endroit où résider. Elle était déjà à l’école, mais se sentait peu motivée vu les changements dans sa vie. Elle nomme également qu’elle a de la difficulté à s’affirmer envers les autres depuis qu’elle est jeune, vivant dans une dynamique famille où elle se sentait invalidée et rabaissée. Lors de son arrivée, elle souhaite avoir un revenu stable. Compte tenu d’une problématique physique dégénérative, elle ne peut travailler dans tous les types d’emploi. Au moment de la rédaction du plan de séjour, elle ne faisait plus de suivi avec son médecin pour sa problématique et ne se sentait pas prête à recommencer.
Les objectifs
Pour son premier objectif, puisqu’elle devait payer son loyer à Tangente, nous exigeons que si la personne arrive et n’a pas de revenu, elle s’inscrive à l’aide de dernier recours jusqu’à un changement de situation. Nous l’avons donc accompagné pour remplir le formulaire. Afin d’obtenir un revenu supplémentaire, elle souhaitait faire des démarches avec emploi Québec afin de voir si elle était admissible à une subvention pour son parcours scolaire. L’autre option aurait pu être d’obtenir une contrainte temporaire du médecin pour sa condition physique, mais puisqu’elle ne souhaitait pas faire de suivi, nous avons respecté son vouloir, bien que l’avons sensibilisé à l’importance de prendre sa condition de santé en charge.
Pour son deuxième objectif, elle souhaitait développer sa confiance en elle-même. Au départ, elle souhaitait recevoir l’aide d’une sexologue pour l’aider suite à des traumas familiaux, mais elle s’est présentée à une séance et n’a plus voulu retourner. Elle désirait toutefois conserver cet objectif et faire un travail personnel sur elle-même. En effet, son désir est d’être en mesure de s’exprimer aux autres et de mettre des limites ainsi que de s’affirmer, ce qu’elle ne fait pas par peur de déplaire, selon ses dires. De plus, elle nomme que de s’allier avec des personnes positives et en qui elle a confiance peut être un facteur aidant. Aussi, lorsqu’elle vit quelque chose qui la déplait par exemple de la part d’un intervenant, elle aura tendance à le dire à un autre intervenant au lieu d’à la personne, ce qui peut créer du clivage. Toutefois, nous pouvons tout de même nous pencher sur le besoin derrière ce comportement. En le nommant, elle présente une bonne capacité d’introspection et souhaite développer assez de confiance en elle pour mieux verbaliser ses ressentis. Toutefois, cet objectif est difficilement mesurable et observable, il pourrait donc être clarifié et les moyens modifiés afin qu’elle se sente à l’aise de les utiliser.
Le troisième objectif est le maintien de l’école, car au début, elle nous mentionnait que tout allait bien, mais avec le temps elle avait plusieurs excuses pour ne plus s’y présenter et a pris du retard, ce qui la démotivait encore plus. Nous avons donc visé le maintien de l’école. Puisque les moyens utilisés étaient bons au préalable, mais qu’elle ne les utilisait pas réellement, nous avons dû les réviser. Cela amène au fait que ce n’est pas tous les moyens qui peuvent convenir à la personne, bien qu’ils soient adéquats. L’indicateur de réussite étant de se rendre tous les jours à l’école n’est en soit pas réaliste, car même si elle peut être en voie de réussite malgré ce facteur. Malgré les moyens, ce serait à explorer d’où vient concrètement le manque de motivation (ex : consommation élevée, insomnie, difficulté scolaire) et tenter de cibler cela au lieu de la motivation générale comme objectif.
Conclusion et questionnements
J’ai parfois eu de la difficulté avec l’ambivalence dans les orientations, car la résidente souhaitait se diriger vers divers projets à la fois et changeait souvent d’idées. De plus, elle peut se montrer contradictoire dans ce qu’elle nomme selon l’intervenant avec qui elle discute. Il faut tout de même l’aider dans ce qu’elle souhaite, mais nous devons garder les objectifs de base en tête ou les modifier s’ils ne conviennent vraiment pas. Pour mon plan de séjour, le site de BANQ, le volet ensemble vers un même horizon (2022), m’a aidé à me situer au niveau des différentes étapes pour un P.I réussi, bien que le milieu soit différent. Le texte de Plourde&Laventure (2019) sur les étapes de la motivation m’a permis également de me remémorer les différents stades où une personne peut se situer face à un changement dans sa vie. Bien que ce soit en lien avec la consommation, j’ai pu le transposer dans un autre contexte.
Tel qu’indiqué sur le site de l’OTSTCFQ (2022), le plan d’intervention permet aux personnes de bien saisir la pertinence des services. Il est important que le client décide de ses propres objectifs et moyens qu’il mettra en place, car bien que parfois nous objectivons des problématiques qui pourraient être travaillées, si la personne n’est pas prête, l’objectif n’aura pas de sens pour elle. De ce fait elle pourrait sentir qu’elle n’est pas écoutée où vivre un sentiment de défaite. De petits objectifs pour de petits pas sont à envisagés, quitte à réviser plus souvent le P.I. D’un autre côté, la mission de l’organisme, la pression de performance du t.s et le nombre de rencontres parfois limitées peuvent influencer ce que nous souhaitons travailler avec l’usager. Pensez-vous que nous devons laisser l’entière place au désir de l’usager? Est-ce que malgré nous, selon nos analyses, nous dirigeons l’usager vers des objectifs que nous croyons le mieux pour lui?
Bibliographie
- BANQ. (2022). Ensemble vers un même horizon : démarche pour réaliser un Plan de services individualisé et intersectoriels : volet jeunesse, région Laval.URL : https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/1570400
- Otstcfq. (2022). L’évaluation du fonctionnement social et le plan d’intervention en contexte de collaboration interprofessionnelle ou d’utilisation d’outils d’évaluation.URL :https://www1.otstcfq.org/wp-content/uploads/2018/08/l_evaluation_du_fonctionnement_social_et_le_plan_d_intervention.pdf
- Plourde, C. et Laventure, M. (2019). Les étapes de la motivation au changement (pp. 57-72). Dans C. Plourde et M. Laventure, Vivre avec un proche ayant une dépendance. Montréal : Bayard Canada Livres
Besoin | Situation actuelle | Situation espérée (objectif) | Moyens/ interventions | Personnes responsables/ alliés | Échéancier | Indicateur de réussite |
Avoir un revenu suffisant | Je n’ai pas revenu fixe | Me trouver une source de revenu Avoir une subvention pour l’école | Faire des démarches pour recevoir l’aide sociale M’informer sur les subventions avec mon agente d’emploi-québec
| Moi
Intervenants
Emploi-Québec | D’ici le prochain mois | J’obtiendrai un revenu |
Avoir une meilleure confiance en moi | Je une faible confiance en moi | Être en mesure de communiquer mes besoins aux autres | M’allier à des personnes positives
Nommer comment je me sens aux inter., à mes amis, à mes pairs
Aller à mes rencontres avec la sexologue | Moi
Intervenants
Amis | D’ici les trois prochains mois | Nommer mes bons coups de la semaine en rencontre Maintenir un journal de bord |
Maintenir l’école | J’ai de la difficulté à me lever pour l’école | Maintenir ma motivation pour terminer mon secondaire et aller au cégep | Je me couche tot le soir Je mets mon cadran le matin Je vais aux sessions de rattrapage lorsque besoin Je pose des questions à mes enseignants | Moi
Inter.
Enseignants | D’ici les trois prochains mois | Je me rends tous les jours à l’école |