Comment faire une analyse du fonctionnement sociale en respectant la volonté de la personne et notre rôle en tant que professionnel?
Bref retour sur le contexte d’intervention de mon milieu; il s’agit d’un hébergement pour une clientèle mixte de 18 à 25 d’une durée de trois mois, pouvant s’échelonner sur 12 mois si la personne se rend aux modules de vie. Le jeune y trouve accueil, support et accompagnement dans l’optique de reprendre du pouvoir sur sa vie; se refaire une santé, amorcer un projet, faire des apprentissages et ce, dans un contexte volontaire, la personne peut donc quitter à tout moment. Pour cette analyse critique, j’ai décidé d’utiliser ma une pratique d’évaluation du fonctionnement social que j’ai fait la session dernière. En procédant à l’exercice d’analyse, je pourrai donc être en mesure de m’améliorer pour la prochaine, que j’effectuerai probablement la semaine prochaine suite à l’arrivée d’une nouvelle résidente, pour laquelle je serai en charge de son suivi. Pour ce faire, je me suis basée sur le document cadre de référence : l’évaluation du fonctionnement social (Boily&Bourque, 2011). Toutefois, lorsque j’en ai débuté la réalisation, le résident a quitté la ressource, il me manquait donc quelques informations auxquelles je n’avais pas accès, mais il s’agit tout de même de la réalité de certains milieux. Aussi, puisque le séjour des résidents est d’un maximum de trois mois, l’évaluation du fonctionnement social se fait dans un cours délai. De plus, puisque la visée de Maison Tangente est la stabilité résidentielle, nous explorons plus le contexte psychosocial de cet aspect. Certes l’histoire de vie de la personne est essentielle pour bien comprendre où elle en est aujourd’hui, mais nous ne nous attarderons pas en profondeur sur l’enfance, par exemple.
Analyse critique :
Tout d’abord, dans la première section, soit demande et contexte d’évaluation,j’aurais pu ajouter quelques spécifications, comme par exemple quel centre jeunesse. Il nomme avoir eu une enfance heureuse et ne souhaite pas élaborer sur son passage au centre jeunesse. Par respect pour lui, il n’est pas nécessaire d’approfondir, mais nous pouvons tout de même se demander ce que cette période de sa vie représente pour lui. Nous pouvons faire des liens avec l’article de Miller(2013), qui nous parle de l’enfouissement de l’histoire de vie, de nos blessures, sans savoir que cela détermine notre conduite en permanence. J’ai également mentionné que sa consommation affecte ses sphères personnelles, mais j’aurais pu préciser quelles sphères et comment cela les influence. Au niveau de l’aspect temporel, j’aurais pu inscrire plus d’indicateurs de temps pour avoir une meilleure idée de la ligne du temps des évènements. Aussi, je dois spécifier si les informations que je présente provienne de mon interprétation ou des dires de la personne. Je mentionne également que la diminution de sa consommation serait à envisager, mais cela relève plus de l’ordre de l’hypothèse et se retrouverait dans une autre section. De plus, un approfondissement sur sa situation actuelle aurait pu être élaboré, comme qui est affecté par les problématiques vécues, les impacts sur la personne et ses proches, ses attentes face au suivi. Dans les caractéristiques de la personne, je n’avais pas l’année et le diagnostic, mais il s’agit d’un élément à inscrire, ainsi que la médication qu’il prend en ce moment. À nouveau, j’aurais dû préciser que la manière dont est décrit sa psychose est son explication de la problématique. Dans ses forces, je devrais élaborer sur le concept d’autonomie ainsi que donner plus d’informations sur les références de ses anciens hébergements. Aussi, je me prononce sur l’histoire de sa consommation tel qu’il le décrit, mais je pourrais être plus claire sur quelles caractéristiques je cherche à démontrer sur le résident. Pour l’environnement, si j’avais eu plus de temps avec la personne, j’aurais tenté d’élaborer sur davantage sur son réseau et la qualité des liens. Dans l’analyse et la synthèse, je pense que l’ajout des forces aurait pu être bénéfique pour y mettre l’emphase. Aussi, je pourrais ouvrir sur quelles difficultés il refuse de reconnaitre pour le moment, ce qui amènerait la possibilité d’en discuter et de l’explorer avec le résident. J’ai également mentionné qu’il a une vision peu réaliste quant à ses projets futurs, mais il s’agit d’un jugement et cela n’a pas sa place dans l’évaluation. Finalement, dans l’opinion et les recommandations, il serait préférable que je me centre davantage sur les recommandations en lien avec l’hébergement sur du moyen-long terme, puisqu’il s’agit de la visée de l’organisme.
Pour ma prochaine évaluation du fonctionnement social, je souhaiterais me prépare, poser des questions plus précises et nécessaires, sans toutefois entrer dans des détails futiles. Je vais également prendre le temps avec la personne de valider mes hypothèses, de lui présenter l’évaluation et d’obtenir son opinion. Aussi, j’aimerais développer la maitrise de conceptualiser la théorie apprise, aspect faisant partie du déploiement de mon identité professionnelle. En effet, l’évaluation du fonctionnement social est réservée à notre profession et il importe d’être en mesure d’émettre des hypothèses cliniques conformes en utilisant nos savoirs et le savoir de la personne dans le but d’être autonome dans notre pratique (Crête, Pullen Sansfaçon, Marchand, 2015). De plus, l’utilisation du savoir expérientiel de l’autre demeure très riche et à considérer, tel que sa perception, la façon dont la personne raconte son vécu, sa propre vision de ses forces et de ses points à travailler. J’aurais aimé approfondir vers une approche plus systémique, car tel qu’exprimé dans le texte deMiller (2013), le contexte familial et l’environnement dans lequel une personne grandit peut influencer les comportements et les besoins. Toutefois, d’un autre côté, si la personne refuse de discuter de certains points, je pense qu’il faut respecter sa volonté et construire l’analyse à partir de ce que nous avons comme informations. Certains détails sont peu essentiels et nous devons démontrer de la prudence pour ne se montrer intrusifs sur des informations non essentielles. Même si nous n’avons pas beaucoup de temps vu la courte durée du séjour à Tangente, je pense que nous devons laisser au jeune le temps de se déposer et d’être à l’aise, car il s’agit de beaucoup d’informations personnelles. Finalement, au cours de ma pratique, je pense que si l’on travaille souvent avec le même « type de problématique » ou de parcours, nous pouvons avoir tendance à émettre des hypothèses ou des objectifs similaires, mais j’aimerais garder à l’esprit que chaque personne est différente en offrant un plan de suivi personnalisé. Tel que démontré dans le texte de Masson, il faut éviter de tendre vers l’individualisation des problèmes de la personne, mais plutôt comprendre selon une vision sociétaire.
Bibliographie :
- Boily, M., Bourque, S. (2011). Cadre de référence : L’évaluation du fonctionnement social. Récupéré de https://www1.otstcfq.org/wp-content/uploads/2016/09/cadre-reference-evaluation-fonctionnement-social.pdf
- Crête, J. Pullen Sansfaçon, A. Marchand, I. (2015). L’identité professionnelle de travailleur sociaux en devenir : de la formation à la pratique. Service social.Vol. 61, p. 43-55. URL : https://www-erudit-org.proxy.bibliotheques.uqam.ca/en/journals/ss/2015-v61-n1-ss02148/1033739ar/
- Masson, P. (2013). Évaluations psychosociales : Culture du positivisme et enjeux éthiques. Nouvelles pratiques sociales. Vol. 25, p.224-242. URL : https://www-erudit-org.proxy.bibliotheques.uqam.ca/fr/revues/nps/2012-v25-n1-nps0737/1017392ar/
- Miller, A. (2013). Tout plutôt que la vérité. Le drame de l’enfant doué.P. 1 à 26. URL : https://www-cairn-info.proxy.bibliotheques.uqam.ca/le-drame-de-l-enfant-doue--9782130621256-page-1.htm?contenu=article
Annexe :
Évaluation des besoins et du fonctionnement social
Nom : X
Demande et contexte de l’évaluation | Référé par : Réseau social personnel X est un homme de 18 ans, célibataire, sans enfant. Sa langue maternelle est le français. Il est Québécois, natif de Montréal, mais il a principalement passé son enfance en banlieue chez ses parents. Il a vécu de 14 à 18 ans en centre jeunesse, mais il ne souhaite pas élaborer sur cette période de sa vie. Il bénéficie actuellement de l’assurance emploi. Présentement, il vit de l’instabilité résidentielle et n’a pas d’emploi. Il consomme de manière quotidienne, ce qui peut affecter ses sphères personnelles. Il a commencé à consommer du haschisch à l’âge de 14 ans, ce qui a diminué sa motivation à aller à l’école. Il a finalement décidé de quitter l’école pour travailler. Aussi, il a perdu un hébergement dû à une accumulation de conséquences causé par la consommation. Ses besoins actuels sont donc de se loger, de se trouver un travail et de retourner aux études. De plus, il nomme que consommer du cannabis est une activité pour lui, et qu’il souhaiterait se trouver d’autres loisirs. La diminution de la consommation serait à envisager afin de favoriser son engagement dans ses objectifs. |
Caractéristiques de la personne | Physiquement, X vit avec une surdité, mais entends bien lorsqu’il porte son appareil auditif. Il est actuellement suivi à la clinique J par DR. M. , psychiatre et L, travailleuse sociale. ajout Diagnostic (année), médication. Dans le passé, suite à une consommation excessive de drogues de synthèse, il a fait une psychose. Par la suite, une deuxième psychose s’en est suivie, car il a peu dormi et a consommé une quantité importante de cannabis plusieurs jours de suite. Comme forces, il se décrit comme ayant une bonne capacité de faire le ménage et préparer de la nourriture, mais il est parfois affecté par un manque de motivation pour s’exécuter. Selon les références de ses anciens hébergements,il se montre sociable et ouvert à la discussion, ce que nous pouvons observer également. Au départ, il nomme trouver son intégration à Tangente difficile car il y a beaucoup de gens, de bruits, des tâches à faire et des repas à préparer. Toutefois, il s’adapte rapidement. Pour ses démarches, il doit être stimulé et accompagné, comme par exemple pour faire sa demande d’aide sociale, aller porter des curriculums vitae. Par contre, Il se montre autonome pour se rendre à ses rendez-vous. Il paie également son loyer à temps et respecte son budget. Il a un suivi au CRDM qu’il maintient avec son intervenante Véronique. Il démontre la capacité de nommer que la consommation est nocive pour lui. Il a participé à une formation à l’emploi chez Distribution l’Escalier pendant presque deux mois de juillet à septembre, mais vu sa difficulté à se réveiller le matin malgré nos rappels, il a souvent manqué et le milieu a décidé de mettre un terme à cet engagement. À la fin du mois de juillet, il décide de cesser sa médication, car il se sent « zombie » selon ses termes. Il est donc informé sur les impacts que cela peut avoir sur le déclenchement d’une psychose et sur l’importance de prendre sa Rx. Il lui est également suggéré d’en discuter avec son médecin s’il souhaite diminuer la dose au lieu de cesser complètement. Nous observons qu’il se montre plus impulsif, agité, qu’il a un discours décousu et une perte de l’appétit. Il reconnait certains symptômes. Finalement, l’équipe traitante a dû procéder à une hospitalisation puisqu’il est sous ordonnance de traitement. Un contrat thérapeutique est mis en place afin de favoriser son rétablissement. Pendant un certain temps, il collabore pour la prise de médication et diminue sa consommation. Toutefois, sa motivation à se rendre au travail diminue suite à cet évènement et la consommation augmente à nouveau. Nous pouvons observer que lorsqu’il a une rencontre ou un rendez-vous, il consomme du cannabis juste avant. Il respecte toutefois son entente de ne boire de l’alcool que la fin de semaine. |
L’environnement | Le réseau familial de X est composé d’une cousine vivant à Rimouski chez qui il souhaiterait déménager et d’un frère jumeau avec qui il a un lien significatif. Il entretient des contacts téléphoniques avec ses parents. Il n’a pas d’amis proches, mais passe du temps avec les autres résidents. Il vit actuellement à la Maison Tangente, dans le quartier d’Hochelaga-Maisonneuve. Ce quartier est bien desservi par le service de la STM et nous y retrouvons des services variés comme le centre local d’emploi, plusieurs centres de loisirs, le centre jeunesse emploi. Puisqu’il doit quitter, il sera relocalisé par son équipe traitante vers un foyer de groupe. |
Ressources disponibles/ facteurs supportants | X a un réseau qui peut l’aider à atteindre ses objectifs ; équipe traitante, intervenant(e)s de Tangente, suivi au CRDM. Il démontre un côté sociable et une facilité à tisser des liens avec ses pairs. Il présente des habiletés à effectuer des tâches, de la nourriture et une autonomie pour ses déplacements et ses rendez-vous. |
Facteurs de risques | La consommation en comorbidité avec son diagnostic peut affecter non seulement ses sphères personnelles, mais également le conduire en état de psychose. Il a de la difficulté à maintenir un travail. Ses projets au niveau résidentiel sont irréalistes pour l’instant, vu son ordonnance d’hébergement. Il souhaite aller vivre chez sa sœur, mais elle mentionne qu’elle n’est pas en mesure de l’accueillir. Il refuse pour l’instant d’aller en foyer de groupe. |
Analyse et synthèse | X démontre présentement de la difficulté à reconnaitre son diagnostic et accepter la prise de médicaments, qui le rend amorphe. Il peut se montrer également réticent à l’aide offerte et refuse de reconnaitre certaines difficultés. Un manque de motivation pour conserver ses occupations est observé. Nous pouvons se questionner si la provenance de la passivité provient d’une réelle difficulté à se lever le matin suite à la prise de médication, de symptômes négatifs ou d’un manque d’intérêt de la part de X. La consommation de cannabis prends une place centrale puisqu’elle l’affecte dans le maintien de ses engagements. Comme hypothèse, puisqu’il consomme avant ses rencontres et ses rendez-vous, nous pourrions penser qu’il s’agit d’un moyen pour camoufler son anxiété face à la prise de responsabilités, la peur de décevoir ainsi qu’une difficulté à s’affirmer. La consommation sert donc d’exutoire et aide à la fuite d’affronter la réalité. Au niveau des projets qu’il souhaite entamer, il a une vision peu réaliste de ce qu’il doit entreprendre pour y arriver, démontrant le concept de la pensée magique, c’est-à-dire la croyance faussée qu’il arrivera à ses objectifs en y mettant peu d’effort, comme par exemple dire qu’il ira vivre chez sa sœur sans confirmation, ce qui l’amène à refuser l’aide offerte pour trouver un emploi ou un hébergement. |
Opinions et recommandations | Nous pouvons penser que transiter par un hébergement de type foyer de groupe pour jeunes pourrait l’aider dans l’acquisition de son autonomie. De ce fait, il pourra y faire les apprentissages nécessaires à la vie en appartement, se trouver une occupation et recevoir de l’aide pour accéder graduellement à la réalisation de ses projets. Il pourra également avoir une stabilité quant à son équipe traitante qui pourra l’aider dans le processus de l’acceptation du diagnostic. Nous recommandons également qu’il poursuive ses rendez-vous au CRDM afin de prendre conscience des impacts de la consommation sur sa vie. |
Bonjour Catherine,
RépondreEffacerJ'aime la façon dont tu as décortiqué ton évaluation, les limites que tu t'es permises et comment tu es restée dans la visée de Maison Tangente en ne t'attardant pas sur l'histoire de vie du jeune dont la recherche d'une stabilité résidentielle ne nécessite pas de recueillir des informations sur son enfance. Aussi en nommant qu'il serait intéressant de considérer le savoir expérientiel du jeune, je trouve aussi que l'approche narrative à l'externalisation peut aussi amener le jeune de ne pas se sentir isolé et envahi par son problème de logement. En se dissociant, il pourra ainsi reconnaître ses forces et ses ressources qui ont été engloutis par son histoire dominante et construire ainsi une nouvelle qui l'aiderait à redéfinir le problème et à cibler ses besoins (White et Epson,2003). Pour finir je trouve pertinent, la manière dont tu entrevois ta prochaine évaluation, j'espère qu'elle répondrait à tes attentes mais comme tu le dis si bien ne perdons pas à l'esprit le caractère subjectif de chaque personne et que les points que tu penses améliorer dépendraient peut être de la personne que tu auras en face de toi.
Rahila
Source:
White, M. et Epston, D. (2003). Les moyens narratifs au service de la thérapie (J.-F. Bourse, trad.). Bruxelles : Éditions Satas.