Suite à mon billet précédent, nous continuons les rencontres hebdomadaires auprès de la résidente, soit en co-intervention ou moi seule en effectuant un retour avec ma superviseure. Durant les dernières semaines, la résidente respecte moins ses engagements; elle ne va presque plus à l’école, elle camoufle des informations, elle peut changer sa version des faits selon l’intervenant, elle consomme de plus en plus, elle se montre irritable, elle a des idées de persécution, elle ne se rend pas à ses rendez-vous avec la sexologue pour lesquels nous avons fait plusieurs démarches. J’ai l’impression que cela a fait réagir les intervenants en général et qu’il y a eu un manque de cohésion dans l’orientation des interventions.
En lisant le texte « Les jeux joués en supervision » (Gusew, 2004) proposé par ma superviseure, j’ai pu faire des liens concernant la relation d’intervention entre la résidente, moi et les quatre façons d’instaurer les jeux soulevés dans le texte. En effet, j’ai le sentiment qu’au départ, elle a manipulé le niveau de la demande; elle a utilisé la flatterie, les compliments et se montre emballée par les propositions que nous lui offrons. Ensuite, elle a tenté de redéfinir la relation en utilisant régulièrement une position dans laquelle elle se met dans le rôle de la personne qui subit pour excuser le fait qu’elle ne fait pas ses démarches ou qu’elle a des conflits avec les autres. Aussi, par exemple, elle peut nous dire que sa colocataire de chambre fait énormément de bruits et la dérange, mais nous demandera d’aller intervenir au lieu de lui mentionner. De ce fait, elle évitera la confrontation avec l’autre et pourra mettre la responsabilité sur nous si l’intervention ne fonctionne pas. Ce qui amène à la troisième étape, tenter de responsabiliser l’intervenant pour ses erreurs selon les directives qui ont été mentionnées. Par exemple, elle nous accuse de ne pas avoir de temps pour elle, mais lorsque nous avons une rencontre de prévu, elle ne se présente pas ou dort. Elle nous dit que nous aurions dû la réveiller, mais nous lui tentons de la responsabiliser en lui reflétant que c’est à elle de mettre son cadran.
Entre la cacophonie entre les informations que nous recevons, les comportements de la jeune et le manque de cohérence entre les interventions à son égard, j’ai dû prendre un pas de recul avec ma superviseure pour décortiquer tout cela et comprendre l’émotivité dans la situation. Nous avons énuméré ce qui est susceptible de faire réagir et sur quelles sphères nous devrions se concentrer. En effet, nous avons décidé de laisser les démarches plus personnelles de côté (mensonges concernant la relation avec son copain, avec son père) et que nous allions nous concentrer sur ce qui à trait à la Maison Tangente, soit ses objectifs comme aller à l’école, se réveiller seule le matin sans rappel et respecter les règles en lien avec la consommation (code de vie). Pour ses rendez-vous avec la sexologue, il s’agit également d’une démarche personnelle et il est normal qu’elle hésite à y aller parfois. Nous avons donc discuté de ces sujets, elle s’est montrée quelque peu réfractaire, mais la fin de la rencontre s’est bien terminée, puisqu’elle a décidé de trouver des moyens et de les utiliser en comprenant les conséquences néfastes que certains de ses comportements pourraient avoir.
Comme réaction, j’ai identifié que la relation de confiance était difficile à établir, puisque je sens que durant les rencontres, elle démontre une attitude pour me plaire et utilise parfois des mensonges pour ne pas me décevoir. Toutefois, comme hypothèse, nous pouvons soulever que dans son histoire de vie, elle a développé plusieurs réflexes et mécanismes de défense pour amorcer une relation. Tel que soulevé dans le code de déontologie des travailleurs sociaux (2020), au niveau des valeurs et principes, section 2, la reconnaissance de la nécessité de percevoir et de comprendre la personne en tant qu’élément de systèmes interdépendants et porteurs de changements, j’interprète qu’il s’avère important d’évaluer la situation dans sa complexité, accepter la personne telle qu’elle se présente et respecter son rythme. De plus, afin de rendre des services professionnels tel que la section 8, article 76 l’indique, le membre doit s’assurer du développement de ses compétences. En discutant avec ma superviseure, je peux prendre un pas de recul afin de poser un regard critique sur mes interventions. Aussi, lire les textes proposés par mon milieu et ma formation en travail social favorise les mesures d’éducation et d’informations pour m’améliorer en tant que future professionnelle. Par exemple, le livre « Technique d’entrevue et d’entretien » (Pauzé, 1984) m’a expliqué les bienfaits de créer un climat favorable, a approfondi sur les façons d’écouter et m’a permis de remémorer les mécanismes de défense. Nous y retrouvons également des techniques de motivation, de communication ainsi qu’une astuce qui mentionne que la tolérance et la neutralité sont les deux qualités premières d’un bon interview, nous ne devons donc pas laisser nos émotions nous envahir.
Bibliographie
- Pauzé, É. (1984). Techniques d’entretien et d’entrevue.Modulo éditeur, Québec.
- Gusew, A. (2004). Les jeux joués en supervision.TRS8440; Supervision auprès de stagiaires et d’intervenants sociaux, département de travail social.
- Code de déontologie des travailleurs sociaux. Québec : Éditeur officiel du Québec. (2020)En ligne :http://www2.publicationsduquebec.gouv.qc.ca/dynamicSearch/telecharge.php?type=1&file=71966.pdf
Merci, Catherine, pour ce billet riche de connaissances et d’habiletés que pourrait avoir une travailleuse sociale. L’on peut ainsi constater ta capacité d’utiliser une démarche réflexive dans ta pratique, ces moments de retour sur l’intervention qui est un rituel que je pratique aussi dans mon milieu avec ma superviseure. J’aime beaucoup cette aptitude à appuyer les interventions des travaux, articles des auteurs, par exemple Gusew que tu as cité dans ton travail. C’est une habileté que je crois incontournable pour les professionnelles de notre secteur. Car, ça vient non seulement étoffer nos interventions, mais ça nous sert aussi de base scientifique. Tout en nous permettant d’appuyer et même documenter notre beau travail. Le souci d’améliorer tes compétences et ton esprit critique te permet d’ajuster tes interventions. Tous ces efforts que tu fournis au jour le jour pour parfaire la qualité de tes interventions démontrent de ta posture professionnelle et représente à mon humble avis ce que l’apprentissage est pour l’enseignement. Pour paraphraser John Cotton Dana, qui arrête d’apprendre cesse d’enseigner, donc qui arrête de lire, de réfléchir cesse d’intervenir adéquatement.
RépondreEffacerPar ailleurs, j’aimerais savoir avec ta permission bien sûr, quels sont les enjeux éthiques de ton milieu de stage de façon générale.