samedi 6 novembre 2021

Billet 3

À Tangente, l’intervenant.e de suivi doit faire au moins une rencontre par semaine auprès du/de la résident.e dans l’optique de faire le point sur les démarches et les objectifs du plan de séjour. De plus, il s’agit habituellement d’un bon moment pour discuter de divers sujets amenés par la personne, comme son intégration, ses ressentis, sa relation avec autrui. Ces rencontres durent habituellement un maximum de 45 minutes. Après deux rencontres en co-intervention avec ma superviseure, j’en ai animé une complète, supervisée par un intervenant, afin de pouvoir ensuite en discuter et recevoir de la rétroaction. Ce sera également le sujet de ma prochaine supervision de la semaine prochaine avec ma superviseure.

            D’emblée, la jeune* m’a dit qu’elle ne souhaitait pas entrer dans des sujets émotifs aujourd’hui. Je souligne que c’est bien qu’elle le mentionne et que nous pouvons seulement mettre à jour ses objectifs du plan de séjour, puisqu’elle en a atteint certains. En discutant, elle s’ouvre toutefois sur le qu’il est difficile pour elle de créer des liens au sein du groupe, puisqu’elle sait que les gens sont seulement de passage dans sa vie. Elle ressent toutefois une pression de s’intégrer et de valoriser les autres pour se sentir appréciée. Nous abordons donc le sujet des perceptions (celles des autres, celle d’elle-même, de comment elle voit son rôle dans un groupe). Elle renchérit en disant comprendre qu’elle est à Tangente pour penser à elle et faire des démarches. Comme point positif, elle ressort qu’elle apprend à être bien seule et qu’elle apprécie de plus en plus les petits plaisirs du quotidien. Nous tentons de trouver des moyens lorsqu’elle se sent submergée par des pensées envahissantes; elle en ressort que le vélo, les arts, écouter de la musique et aller au parc lui font du bien. Elle nomme également qu’elle aimerait parfois demander conseils à ses pairs, mais qu’elle a peur que leur réponse soit négative. Nous soulignons donc comme moyens qu’elle pourrait, lorsqu’elle le souhaite, nommer le sujet de discussion qu’elle souhaite avoir avec l’autre personne ainsi que nommer son attente (ex : je souhaite seulement avoir un moment d’écoute ou je voudrais avoir ton opinion à ce sujet…). Finalement, nous avons moduler certains objectifs et moyens dans son plan de séjour. Comme hypothèse, suite à cette rencontre ainsi qu’aux précédentes, nous pourrions soulevés que la résidente doit développer sa confiance en soi en vue de prendre sa place et mettre ses limites auprès des autres. Nous pouvons déceler une forte volonté de plaire, possiblement dû au fait qu’elle a été invalidée de manière récurrente sur ses pensées et ses émotions au cours de sa vie. 

Comme rétroaction sur mes rencontres, j’ai reçu des commentaires positifs, comme le fait que je suis en mesure de vulgariser certains termes plus difficiles à comprendre, de me mettre dans une posture d’ouverture, que j’utilise des techniques d’intervention comme la reformulation, le reflet. Ce qui serait à travailler est de laisser plus de place aux silences. Personnellement, je trouve en effet que j’essaie de combler les silences en renchérissant, mais qu’en laissant cette place, je pourrais avoir accès à d’autres informations, car cela laisserait plus de temps à l’autre pour réfléchir et approfondir sa réflexion. Je pense également que je pourrais laisser à la résidente le soin d’être en recherche de solutions elle-même au lieu de tenter d’apporter des conseils, même si elle me le demande. Tel que soulevé dans le texte de Hovington (2021), comme le cycle de l’apprentissage de Kolb (Kolb, 1984) le démontre, la rétroaction ainsi que les supervisions me permettent d’évoluer grandement dans mon apprentissage expérientiel et me pousse à utiliser une posture de réflexivité face à moi-même et mes interventions. Je pense que, tel que le texte de Racine, Cameron&Leblanc (2003) l’évoque, bien que ces moments où je suis observée peuvent être un peu gênant au départ, la rétroaction me permet d’avoir différents points de vue et il s’agit de moments privilégiés dans l’analyse et la réflexion de mon développement personnel et professionnel.

*Jeune ou résident sont les termes employés par le milieu

Bibliographie :

-       Racine, G, Cameron, S., Leblanc, H. (2003). Perceptions de stagiaires en service social sur leurs expériences de stage, Intervention, 119, pp. 71-85. 

-       Hovington, S. (2021). Apprentissage expérientiel et analyse réflexive, Le stage dans les métiers relationnels, p.116-126.

1 commentaire:

  1. Salut Catherine!

    Pour commencer, je trouve que c'est super riche pour toi comme expérience d’avoir pu animer la rencontre complète avec la jeune. De par ta façon de décrire la situation et ta grande capacité d’introspection, je sens ton aisance dans l’intervention, est-ce que je me trompe? De mon point de vue, tu es capable de rebondir rapidement sur ce que dit la jeune et d’approfondir des thématiques pertinentes à la situation, notamment lorsque tu as abordé le thème des perceptions suite à son propos sur la pression du regard des autres.

    Dans un autre ordre d’idées, par rapport à la jeune, je me demandais si tu allais prendre en charge son suivi, et si oui, comment te sentirais-tu par rapport à cela? J’ai l’impression que tu comprends bien les enjeux que vit la jeune et que tu as plusieurs pistes de solutions en tête pour la soutenir dans ses démarches. Si cela est cohérent avec ton milieu, ce serait certainement stimulant pour toi d’assurer son suivi hebdomadaire. Tu pourrais alors approfondir ses difficultés à s’intégrer dans un groupe, son manque de confiance en soi et peut-être déconstruire sa peur du jugement, tout en l’accompagnant dans ses démarches personnelles.

    Bonne continuation:)

    Lily

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